
Mme Renaud m’a appelée en larmes. Sa mère de 94 ans venait de chuter dans sa chambre d’EHPAD. Personne n’avait rien vu. Vingt-cinq minutes au sol, seule, la nuit. Cette situation, je l’entends régulièrement dans mon accompagnement de familles. Et chaque fois, la même question revient : comment ça fonctionne vraiment, ce système d’alerte censé protéger nos proches ?
Information importante
Ce contenu est fourni à titre informatif et ne remplace pas un échange direct avec l’équipe de l’EHPAD concernant les dispositifs de sécurité en place. Les équipements et protocoles varient selon les établissements.
L’essentiel sur la téléassistance en EHPAD en 30 secondes
- Trois technologies coexistent : bracelet d’appel, capteurs de mouvement, détection automatique de chute
- Délai d’intervention moyen : 2 à 10 minutes après l’alerte, selon l’effectif présent
- La moitié des chutes nocturnes ne sont pas détectées automatiquement
- Aucun système n’est fiable à 100 % — posez les bonnes questions avant de choisir un établissement
Votre parent chute en EHPAD : que se passe-t-il vraiment dans les minutes qui suivent ?
Quand j’accompagne des familles en Île-de-France, je leur explique toujours le parcours d’alerte étape par étape. Pas la version théorique des brochures. La réalité du terrain.
Le déclenchement de l’alerte dépend d’abord du type d’équipement. Soit votre parent appuie sur son bracelet ou médaillon. Soit un capteur détecte automatiquement la chute. Soit — et c’est plus fréquent qu’on ne le croit — un membre du personnel passe par hasard et constate la situation. Selon le guide pratique Filien ADMR 2025, les dispositifs automatiques ne réagissent qu’aux chutes lourdes suivies d’une immobilité d’au moins 15 secondes.

Une fois l’alerte reçue au poste de soins, une aide-soignante ou une infirmière se déplace vers la chambre. Sur le papier, ça prend 2 à 5 minutes. En pratique, dans les établissements que je visite, ça tourne plutôt autour de 5 à 10 minutes selon l’étage et le nombre de soignants présents. La nuit, ce délai s’allonge souvent.
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Chute détectée (capteur automatique ou appui sur le bracelet) -
Alerte reçue et prise en compte au poste de soins -
Arrivée d’un soignant dans la chambre -
Évaluation de l’état général et relevage si absence de traumatisme -
Appel du médecin coordonnateur ou du SAMU si nécessaire
Le temps passé au sol, c’est précisément ce qui angoisse les familles. Et à juste titre. Quand une personne reste plus de deux heures immobile après une chute, les risques de complications augmentent sérieusement : hypothermie, déshydratation, voire rhabdomyolyse. C’est pour cette raison que je recommande aux familles de se renseigner sur les conséquences des chutes chez les personnes âgées avant même de visiter un établissement.
Soyons clairs : le système d’alerte ne garantit pas une intervention instantanée. Il réduit le délai. Ça fait une différence énorme, mais ce n’est pas magique.
Les 3 systèmes de détection utilisés en EHPAD (et leurs angles morts)
Dans mon accompagnement de familles, j’observe souvent une confusion entre les différentes technologies. Les établissements parlent de « téléassistance » comme si c’était un système unique. La réalité est plus nuancée.
Le bracelet ou médaillon d’alerte : simple mais dépendant du résident
C’est le dispositif le plus répandu. Un bouton que le résident porte au poignet ou autour du cou. En cas de problème, il appuie et l’alerte part directement au poste de soins. Simple. Efficace. Mais conditionnel.

Le problème ? Votre parent doit pouvoir appuyer. Et vouloir le faire. J’ai accompagné des familles dont le proche refusait de porter le bracelet (« ça fait vieux », « c’est moche »). D’autres dont la mère, désorientée après sa chute, n’a pas pensé à appuyer. Ce n’est pas un défaut du système. C’est sa limite structurelle.
Les capteurs de mouvement : surveillance passive mais zones mortes
Certains EHPAD installent des détecteurs dans les chambres et couloirs. Ils repèrent une absence de mouvement prolongée ou un déplacement inhabituel. L’avantage : pas besoin d’action du résident. L’inconvénient : ces capteurs ne couvrent pas tout. Les angles morts existent — notamment dans les salles de bain, paradoxalement l’endroit où les chutes sont fréquentes.
Selon l’analyse du Professeur Dantoine sur les chutes, un résident d’EHPAD chute en moyenne deux fois par an. C’est considérable. Et tous ces établissements ne sont pas équipés de la même façon.
La détection automatique de chute : prometteur mais pas infaillible
Les bracelets de nouvelle génération intègrent un accéléromètre. Ils détectent une chute brutale suivie d’une immobilité. L’alerte part sans que le résident n’ait à intervenir. Sur le papier, c’est l’idéal.
En pratique, ces dispositifs ne détectent que les chutes lourdes. Une chute « molle » — s’affaisser lentement contre un mur, glisser doucement du fauteuil — passe souvent sous le radar. Les données terrain sont préoccupantes : selon la même étude, la moitié des chutes nocturnes ne sont pas dépistées en EHPAD.
Attention : aucun système ne détecte 100 % des chutes
Les chutes lentes, les positions atypiques et le refus de port du bracelet représentent des angles morts réels. Même les établissements bien équipés ne peuvent pas tout anticiper. C’est une réalité à accepter — et à compenser par d’autres moyens (rondes régulières, organisation de l’équipe de nuit).
| Système | Fonctionnement | Points forts | Limites |
|---|---|---|---|
| Bracelet / médaillon | Appui manuel sur bouton | Simple, fiable, peu coûteux | Nécessite que le résident puisse et veuille appuyer |
| Capteurs de mouvement | Détection d’immobilité prolongée | Aucune action requise du résident | Zones mortes (salle de bain), faux positifs |
| Détection auto de chute | Accéléromètre + immobilité 15 sec | Alerte sans intervention humaine | Ne détecte pas les chutes « molles » |
De jour, de nuit : le protocole change-t-il vraiment ?

C’est l’angoisse numéro un des familles que j’accompagne. La nuit. Moins de personnel. Mon parent est-il vraiment surveillé ?
Franchement, la réponse est nuancée. Le protocole d’alerte reste identique : détection, transmission au poste, déplacement du soignant. Mais les effectifs changent tout. En journée, vous avez généralement plusieurs aides-soignantes par étage. La nuit, ce ratio chute drastiquement — parfois une seule personne pour deux étages.
Ce que ça signifie concrètement : si votre parent chute à 3h du matin et que l’aide-soignante de nuit est occupée à l’autre bout du bâtiment, le délai d’intervention s’allonge. Pas parce que le système dysfonctionne. Parce que les moyens humains sont limités.
50%
des chutes nocturnes en EHPAD ne sont pas détectées automatiquement
Ce chiffre, issu des travaux du Professeur Dantoine, m’a marquée. Il explique pourquoi certains établissements investissent dans des systèmes de vidéo-vigilance nocturne. Selon la même étude, ces dispositifs permettent de réduire le taux de chutes graves de 47 %. C’est significatif.
Mon conseil : lors de votre visite, demandez spécifiquement comment fonctionne l’organisation de nuit. Combien de soignants sont présents ? Sont-ils formés au relevage ? Existe-t-il un système de ronde régulière ? Si vous cherchez un établissement dans la région parisienne, vous pouvez comparer les options disponibles parmi les EHPAD dans le 13ème arrondissement de Paris ou d’autres arrondissements pour évaluer leurs protocoles respectifs.
En journée
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Personnel plus nombreux sur chaque étage -
Délais d’intervention plus courts (2 à 5 min) -
Présence d’une infirmière sur place
La nuit
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Effectifs réduits (parfois 1 personne pour 2 étages) -
Délais pouvant dépasser 10 minutes -
Infirmière souvent d’astreinte, pas sur place
Les 5 questions à poser à l’EHPAD pour évaluer son système d’alerte
Dans mon accompagnement de familles en recherche d’EHPAD en Île-de-France, j’observe régulièrement une erreur : ne pas demander une démonstration concrète du système d’alerte lors de la visite. Plusieurs familles ont découvert, après l’entrée de leur proche, que la détection automatique ne couvrait pas les chambres individuelles. Ce constat n’est pas généralisable à tous les établissements — mais il justifie de poser les bonnes questions dès le départ.
Les chiffres nationaux donnent le vertige. Selon le plan antichute national 2022-2025, les chutes des personnes âgées entraînent chaque année plus de 100 000 hospitalisations et plus de 10 000 décès en France. L’équipement de l’établissement n’est pas un détail.
Vos 5 questions pour évaluer le système d’alerte
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Quel type de dispositif est installé dans les chambres ? (bracelet seul, capteurs, détection automatique) -
Le système couvre-t-il la salle de bain ? (zone à risque souvent oubliée) -
Combien de soignants sont présents la nuit, et sur combien de résidents ? -
L’équipe de nuit est-elle formée au protocole de relevage post-chute ? -
Pouvez-vous me montrer comment fonctionne concrètement le système d’alerte ?
Conseil : Un établissement qui refuse de vous faire une démonstration du système d’alerte devrait vous alerter. Ce n’est pas normal. La transparence sur ces dispositifs est un indicateur de qualité.
Si vous vous interrogez également sur le budget à prévoir pour ces équipements (à domicile ou en complément), vous trouverez des informations détaillées sur le coût de la téléassistance.
Vos questions sur la téléassistance en EHPAD
Mon parent refuse de porter son bracelet d’alerte. Que faire ?
C’est fréquent, surtout chez les résidents qui vivent le bracelet comme une stigmatisation. Demandez à l’équipe soignante s’il existe des alternatives : médaillon discret, montre connectée, ou capteurs de mouvement dans la chambre. Certains établissements proposent des dispositifs plus esthétiques qui facilitent l’acceptation.
Serai-je prévenu(e) si mon parent chute ?
Ça dépend du protocole de l’établissement. La plupart des EHPAD préviennent la famille après une chute avec conséquences (blessure, hospitalisation). Pour une chute sans gravité, l’information est généralement consignée dans le dossier mais pas systématiquement communiquée. Précisez vos attentes dès l’admission.
La téléassistance en EHPAD est-elle facturée en supplément ?
Dans la majorité des cas, le système d’alerte de base est inclus dans le tarif hébergement. Certains dispositifs avancés (bracelet détecteur automatique, vidéo-vigilance) peuvent faire l’objet d’un surcoût. Vérifiez ce point dans le contrat de séjour avant la signature.
Le système fonctionne-t-il si mon parent chute dans les espaces communs ?
Les espaces communs sont généralement mieux couverts que les chambres, avec présence fréquente du personnel. Le bracelet d’alerte fonctionne partout dans l’établissement. Les capteurs de mouvement, en revanche, sont souvent limités aux chambres et couloirs.
Peut-on demander l’installation d’un équipement supplémentaire ?
Oui, c’est possible dans de nombreux établissements. Mme Renaud, dont je parlais en introduction, a obtenu l’installation d’un bracelet détecteur individuel après la chute nocturne de sa mère. La demande doit être formalisée auprès de la direction. Le coût éventuel est à négocier.
La prochaine étape pour vous
Vous avez maintenant une vision réaliste du fonctionnement de la téléassistance en EHPAD. Pas la version marketing. La réalité terrain, avec ses forces et ses limites.
Ce que j’ai appris du cas de Mme Renaud
J’ai accompagné Mme Renaud dans les semaines qui ont suivi la chute de sa mère. Ce qui m’a frappée : l’établissement n’était pas mal équipé. Le système existait. Mais personne ne lui avait expliqué ses limites avant l’admission. Elle s’attendait à une surveillance totale. La réalité l’a rattrapée à 3h du matin.
Depuis, je recommande systématiquement aux familles de poser les questions difficiles avant de signer. Pas après.
La question à vous poser maintenant : avez-vous vérifié le dispositif de sécurité de l’établissement de votre proche ? Si ce n’est pas fait, votre prochaine visite est l’occasion de reprendre la liste des 5 questions. Un EHPAD transparent répondra sans difficulté. Un établissement qui botte en touche devrait vous faire réfléchir.
Ce que cet article ne peut pas vous garantir :
- Les équipements de téléassistance varient considérablement d’un EHPAD à l’autre
- Les délais d’intervention mentionnés sont des moyennes constatées, chaque établissement ayant son propre protocole
- Seule une visite sur place et un échange avec l’équipe soignante permettent d’évaluer le dispositif réel
Pour toute question spécifique sur l’équipement d’un établissement, contactez directement la direction de l’EHPAD et le médecin coordonnateur.